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Hugues Raimbourg, écologiste, a signé la tribune à propos de l'agriculture biologique !




Voici la Tribune au "Monde" intitulée « Face au changement climatique, l’agriculture biologique doit être soutenue », signée par un collectif rassemblant des chercheurs, des élus et des agriculteurs. Par cette tribune, nous déplorons que le gouvernement ait mis fin aux aides au maintien de l’agriculture biologique.



Le gouvernement doit mettre l’agriculture biologique au cœur de ses engagements pour la transition agroécologique !


Fin août, le gouvernement a fait le choix étrange, via son Plan Stratégique National qui décline la Politique Agricole Commune, de mettre un terme aux aides au maintien jusque-là apportées à l’agriculture biologique. Cette aide, légitimée par les nombreux services rendus par cette agriculture, a été remplacée par un « éco-régime » beaucoup plus faible et à peine plus élevé que celui apporté à l’agriculture auto-déclarée « Haute Valeur Environnementale », dont le cahier des charges n’apporte pas de garanties. Des aides publiques proches malgré des attentes radicalement différentes : le signal est mauvais.


Le travail des agriculteurs en bio est plus complexe qu’en conventionnel car pour ne pas utiliser de produits chimiques il s’agit de travailler avec la nature. L’aide au maintien permettait de reconnaître l’exigence technique de l’agriculture biologique et ses services environnementaux, démontrés par de nombreux travaux scientifiques : elle contribue à préserver la biodiversité, à protéger la qualité de l’eau, des sols et de l’air, et réagit mieux face au changement climatique. La bio est un modèle d’agroécologie, que le GIEC préconise de massifier rapidement. Cette agriculture utilise moins d’énergie fossile, n’employant pas de nitrates de synthèse (dont la production est gourmande en gaz, et dont l’épandage dégage du protoxyde d’azote, gaz à effet de serre puissant et rémanent), ni pesticides chimiques (dont la production est également énergivore). Les récentes expertises collectives de l’Inserm sur les impacts des pesticides sur la santé, et de l’INRAe sur leurs impacts sur la biodiversité, renforcent l’intérêt pour la société d’une agriculture se passant de pesticides chimiques. De nombreux captages d'eau pollués par les nitrates et pesticides nécessitent de coûteux traitements payés par les consommateurs ou distribuent une eau ne respectant pas les normes moyennant dérogation. Chaque année, d’autres sont fermés du fait de pollutions diffuses agricoles. Dès 2010, la Cour des Comptes indiquait que « les résultats décevants constatés sur les nitrates et les produits phytosanitaires trouvent en grande partie leur origine dans une insuffisante volonté de l’État de remettre en cause des pratiques agricoles durablement marquées par l’encouragement au productivisme et le choix d’une agriculture intensive ». Alors que des sécheresses comme celle de 2022 vont se reproduire, il est urgent de protéger les ressources destinées à l’eau potable. La biodiversité s’effondre, et la COP15 biodiversité a également ciblé les pesticides comme cause. Il est crucial d’opter à long terme pour des modes de production sobres en énergie - et préférable d’augmenter les surfaces en bio plutôt que les procès entre riverains et agriculteurs épandeurs de pesticides.

Enfin, des prospectives nationales et européennes montrent que généraliser l’agriculture biologique est possible et souhaitable du point de vue de la souveraineté alimentaire, contrairement à ce que certains prétendent.

Pourtant, les filières bio connaissent, pour la première fois depuis quinze ans, une baisse des ventes qui s’explique par les fins de mois difficiles des consommateurs, mais aussi par la concurrence déloyale de plusieurs labels prétendument environnementaux et souvent moins chers comme HVE, Zéro résidu de pesticides, Agriculture raisonnée... Des producteurs et coopératives bio se trouvent en difficulté, après de lourds investissements réalisés pour accompagner la croissance. Cette situation, actuellement gérée sans soutien public, entraîne un ralentissement de la dynamique de développement qui risque de se renforcer, alors que la France s’est fixé une trajectoire d’augmentation de sa surface en bio (25% de la surface en 2030, pour 10% aujourd’hui), et d’augmentation des produits bio dans la restauration collective (20% en 2022). Bizarrement, les projets alimentaires territoriaux (PAT) issus de la loi d’avenir pour l’agriculture, supposés « relocaliser l'agriculture et l'alimentation dans les territoires en soutenant l'installation d'agriculteurs, les circuits courts ou les produits locaux dans les cantines », négligent la protection de leur ressource en eau et oublient souvent d’associer les producteurs bio locaux.


La Cour des comptes a clairement expliqué, dans son rapport de juin 2022, pourquoi soutenir l’agriculture biologique, et comment : en éclairant les citoyens sur l’impact environnemental et sanitaire de l’agriculture biologique (donc cesser de colporter des informations fausses, par exemple que cette forme d’agriculture ne serait pas contrôlée ou qu’elle n’aurait pas d’impact positif sur la santé) et en réorientant les soutiens publics agricoles au profit de la filière bio. Il s’agit donc de rétablir l’aide au maintien, d’inclure systématiquement l’agriculture biologique dans les PAT et d'augmenter massivement la part de bio dans la restauration collective, afin d’atteindre les objectifs fixés par les politiques publiques. Et quand près de 500 millions d’euros publics ont promptement été consentis en 2022 aux élevages les plus consommateurs d’aliments importés pour les aider à surmonter la crise, sans contrepartie, l’argument de la contrainte budgétaire ne convainc pas...

L’application du principe pollueur/payeur permettrait de réorienter les subsides publics vers le soutien des pratiques vertueuses de l’agriculture biologique. Il est paradoxal que le mode de production le plus performant sur le plan environnemental ne soit pas en croissance forte dans le contexte actuel des multiples urgences écologiques ; cett situation témoigne de politiques publiques inadaptées qui en arrivent à pénaliser et entraver les systèmes les plus souhaitables.


Le problème est grave, les enjeux sont vitaux pour les territoires, les citoyens, les générations futures et l’ensemble du vivant ; il est urgent de réagir !

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